ZERMATT

Raclette du Valais et de Savoie : la grande tradition alpine

Par l’équipe AEC Collection Publié le 25 mai 2025 · mis à jour le 28 mai 2026 5 min de lecture

Au refuge, le serveur pose la demi-meule sur son support métallique, allume le feu, oriente la coupe vers la flamme. Trois minutes plus tard, la pâte commence à fondre, doucement, à 50 degrés. Il prend un couteau plat, racle d’un seul geste précis, et dépose une cuillerée fumante sur l’assiette. C’est exactement comme ça que ça se faisait au XVIᵉ siècle.

La raclette appartient à la famille des plats inventés par nécessité : un fromage à pâte pressée non cuite, conçu pour passer l’hiver dans les fermes d’altitude, et que la chaleur d’un feu de bois transforme en repas complet. Aujourd’hui, deux territoires se partagent l’identité du nom, la raclette du Valais côté suisse, la raclette de Savoie côté français, chacune protégée par un label officiel. Le geste, lui, reste le même.

Origines : du fromage rôti à la table d’altitude

Les premières mentions écrites remontent au XIVᵉ siècle dans les Alpes valaisannes, sous le nom de Bratchäs, littéralement, « fromage rôti ». Les bergers d’alpage cassent leurs meules en deux, exposent la coupe à la braise, attendent que la pâte fonde, raclent. La technique se diffuse dans les vallées voisines, du Valais à la Savoie en passant par le Haut-Adige.

La légende valaisanne de 1574 attribue le geste à un vigneron de Conthey, qui aurait improvisé un repas avec un demi-fromage et un feu de vigne, un jour de brouillard d’automne. L’histoire est probablement enjolivée, mais elle ancre la raclette dans la culture viticole du Rhône valaisan, où le fromage et le Fendant (chasselas valaisan) cohabitent depuis sept siècles. Le mot raclette, dérivé du verbe racler, n’apparaît dans la langue qu’au XIXᵉ siècle.

Le passage du foyer rural à la table d’hôtel se fait au début du XXᵉ siècle, dans les premières stations alpines. Le grand essor date des années 1970, avec le développement des sports d’hiver français : la raclette devient le plat-symbole d’une soirée à la neige, et l’appareil électrique à quatre coupelles entre dans les foyers.

AOP Valais 2003, IGP Savoie 2017 : deux labels, deux écoles

La Raclette du Valais AOP obtient son Appellation d’Origine Protégée en 2003. Le cahier des charges impose un lait cru issu de vaches nourries sans ensilage, une fabrication exclusivement dans le canton du Valais, un affinage minimum de trois mois en cave. Cinq fromages distincts portent l’appellation, chacun lié à une vallée : Bagnes, Orsières, Goms, Gomser et Walliser sont les noms officiels. La meule pèse entre 4,6 et 6 kilos, mesure 28 à 32 cm de diamètre.

La Raclette de Savoie IGP est reconnue par l’Union européenne en 2017, après une dizaine d’années d’instruction. Indication Géographique Protégée, c’est un cran en-dessous de l’AOP en niveau de contrainte, mais le périmètre géographique est précis : la Savoie et la Haute-Savoie, plus une marge limitée. Le cahier des charges valorise le lait d’alpage et la production fermière, sans imposer le cru. La meule savoyarde est plus fine (28 à 34 cm de diamètre, 5 à 7 kilos) et l’affinage plus court (8 semaines minimum).

Les deux labels coexistent sans rivalité. Pour le palais, la raclette du Valais est généralement plus typée, note de cave, légère amertume, croûte plus salée. La raclette de Savoie est plus douce, plus lactée, avec un goût de noisette discret.

Le geste : demi-meule contre appareil

Devant un feu de bois, une demi-meule prend 12 à 15 minutes pour libérer sa première coulée. Le fromager (ou raclonneur) la tient inclinée à 30 degrés au-dessus de la braise, racle d’un mouvement bref vers l’assiette, replace la pièce pour la prochaine couche. Une demi-meule de cinq kilos sert 12 à 16 personnes, à raison d’environ 200 grammes par convive.

L’appareil électrique, popularisé dans les années 1970, divise les puristes. Pratique pour les soirées entre amis, il fond le fromage sans le rôtir : la coulée reste plus liquide, sans la croûte légèrement caramélisée que produit la flamme. Les chefs des refuges de montagne fonctionnent encore quasi tous à la roue ou à la lampe halogène, un compromis entre l’authenticité et le rendement.

Les accompagnements traditionnels

Pommes de terre en robe des champs, cuites dans leur peau et servies entières. Variétés de référence : Charlotte ou Roseval en Savoie, Bintje ou Désirée en Valais. La pomme de terre doit garder de la tenue sous la coulée, les ratées s’écroulent.

Côté charcuterie, la table valaisanne aligne la viande des Grisons séchée, le jambon cru du Valais et le lard sec. Le côté savoyard privilégie le jambon de Savoie, la rosette et la noix de jambon. Cornichons et oignons grelots conservés au vinaigre tranchent dans le gras. Pain de campagne à la coupe, croûte épaisse, mie dense.

Le vin : Fendant ou Petite Arvine côté valaisan, Apremont ou Chignin-Bergeron côté savoyard. Servis frais, autour de 8 à 10°C. Les puristes proscrivent l’eau pendant le repas (théorie populaire que le fromage figerait dans l’estomac : pas confirmée médicalement, mais la tradition tient).

Où la goûter à Zermatt

Les terrasses de Findeln, à 2100 mètres au-dessus de Zermatt, hébergent trois des restaurants les plus fidèles à la tradition. Chez Vrony sert sa raclette à la roue, avec viande des Grisons des éleveurs voisins. Findlerhof propose la sienne en demi-meule, avec une cave de vins du Valais bien fournie. Au Riffelalp Resort (2222m), le restaurant Walliserkeller offre la version la plus codifiée, dans une salle aux boiseries d’origine. Réservation conseillée 24 à 48 heures à l’avance.

Préparer un séjour à Zermatt

AEC Collection sélectionne et représente une vingtaine de biens à Zermatt : chalets privés à Winkelmatten et au Riedweg, appartements de standing en centre-village, suites avec services hôteliers. Beaucoup disposent d’une cuisine équipée et d’un appareil à raclette pour les soirées en chalet ; pour les versions à la roue, mieux vaut réserver une table d’altitude.