Le train rouge de la Gornergrat Bahn quitte Zermatt à 12h17, gravit la pente à crémaillère, et marque l’arrêt onze minutes plus tard à 2211 mètres. Un autre train, plus petit et tout aussi rouge, attend sous une arche de bois marquée RIFFELALP 2222m. Il avance sans bruit sur 875 mètres et dépose ses passagers devant les portes d’un hôtel posé là, sur un balcon naturel face au Cervin.
Le Riffelalp Resort est l’hôtel cinq étoiles le plus haut d’Europe. Il abrite aussi le spa et la piscine extérieure les plus hauts du continent. Sa singularité ne tient pas qu’à l’altitude : c’est l’un des rares lieux où l’on arrive uniquement par rail, où la voiture n’existe pas, et où une bonne partie de la journée se passe à regarder fondre la neige autour d’un bain à 35 degrés.
Un nom, deux vies
L’histoire commence en 1856, quand l’hôtelier zermattois Alexander Seiler achète une première parcelle sur la prairie du Riffelalp. La construction du Grand Hôtel démarre en 1878 ; les premiers clients arrivent en 1884. À l’époque, la mode est aux cures d’altitude, et la station naissante de Zermatt attire les médecins anglais et les écrivains romantiques. Quand le chemin de fer du Gornergrat ouvre en 1898, sa station Riffelalp se trouve à plusieurs centaines de mètres du Grand Hôtel. Seiler convainc le Conseil fédéral d’autoriser un tram électrique pour couvrir la distance. La ligne ouvre le 13 juillet 1899. C’est, encore aujourd’hui, le tramway le plus haut d’Europe.
L’hôtel traverse deux guerres et continue d’attirer une clientèle internationale, jusqu’à la nuit du 14 février 1961 où un incendie détruit le bâtiment. Le tram, sans destination, est mis sous cocon. La parcelle reste en friche pendant quarante ans. La reconstruction démarre en 1998 et le nouveau Riffelalp Resort ouvre le 15 juin 2001. Le tram historique est remis en service le même jour, sur sa ligne d’origine.
Une adresse que la voiture n’atteint pas
L’accès est volontairement réduit. Depuis la gare de Zermatt CFF, on emprunte la Gornergrat Bahn jusqu’à la station Riffelalp. Onze minutes de montée. Le tram du resort prend ensuite le relais : sept minutes en plus, sans changement de niveau visible mais avec une vue qui se déploie à chaque virage. Aucune route ne dessert l’hôtel ; pas de taxi, pas de transfert privé, pas de service de bagages routier. Tout passe par les rails.
Cette logistique fait partie de l’expérience. Les valises sont prises en charge par le personnel à l’arrivée du train. L’hiver, les skieurs descendent les pistes du Gornergrat directement vers l’hôtel ; l’été, les randonneurs accèdent au plateau par le Mark Twain Trail, sentier qui retrace l’expédition autour du Riffelberg que l’écrivain américain effectua en août 1878 et qu’il raconta dans A Tramp Abroad.
Le spa le plus haut d’Europe
Le Spa 2222m s’étend sur deux niveaux. Au cœur du dispositif : une piscine extérieure de 8,4 sur 4,2 mètres, chauffée à 35°C toute l’année, posée face au Cervin. C’est la pièce la plus reproduite des séjours alpins du XXIᵉ siècle. Hiver, les baigneurs voient leur souffle se condenser au-dessus de l’eau. Été, la neige résiduelle des sommets se reflète dans le bassin.
L’intérieur prolonge la mise en scène : une piscine couverte aux lignes claires, des bains à remous, un sauna finlandais traditionnel, et deux installations propres au resort. La Chriiter-Grotta est une grotte aux parois rocailleuses, parsemée d’aromates alpins ; on y reste assis sur des banquettes chauffantes pour laisser les huiles essentielles agir. La Schönbielhöhle est un bain de vapeur ouvragé, baptisé d’après une cabane CAS voisine, où la lumière est tamisée. Salle de repos, solarium, mini-fitness complètent l’ensemble.
Les rituels et les soins
La carte des soins fait dialoguer la tradition alpine et les techniques contemporaines. Massage suédois après une journée de ski, drainage lymphatique pour les arrivées d’altitude, soins du visage aux herbes du Valais, gommages au sel des Alpes. Les protocoles signature jouent la carte locale : un soin pierres chaudes avec galets du Triftbach, une expérience signature Cervin en deux mains. La réservation est demandée à l’avance, la demande dépassant largement les créneaux disponibles en haute saison.
L’accès au spa est inclus pour les clients de l’hôtel et payant à la journée pour les visiteurs externes, sur réservation uniquement, l’hôtel limitant le nombre d’entrées externes pour préserver l’expérience des résidents.
L’hôtel autour du spa
72 chambres et suites, classées 5 étoiles Superior. Trois restaurants : l’Alexandre (gastronomique, dîner uniquement), le Ristorante Al Bosco (cuisine italienne dans une ancienne grange), et le Walliserkeller (spécialités valaisannes traditionnelles, fondue et raclette). Le bar du resort, en surplomb sur la prairie, sert l’apéritif au coucher du soleil.
Au-delà du spa, l’établissement propose une patinoire extérieure, deux courts de tennis l’été, un practice de golf, un parcours santé en forêt. Les enfants ont leur club et leur menu dédié. L’ambiance reste celle d’une grande maison de montagne, plus calme que celle d’un palace urbain.
Quand y aller
Le Riffelalp Resort ouvre deux saisons : du 24 décembre à la mi-avril l’hiver, puis du début juillet à la mi-septembre l’été. La fenêtre de février-mars combine neige durable et journées allongées. Pour le spa seul, la mi-septembre offre l’avantage de l’arrière-saison : les bassins fumants face à un Cervin déjà saupoudré, mais sans la cohue de fin décembre. Réserver six à neuf mois à l’avance est la norme sur les périodes scolaires.
Préparer un séjour à Zermatt
AEC Collection ne commercialise pas le Riffelalp Resort lui-même : l’hôtel se réserve directement auprès du resort. Notre métier est ailleurs : nous sélectionnons des chalets privés et des appartements de standing à Zermatt, dans le village, pour les voyageurs qui préfèrent leur propre cuisine, leur propre rythme, ou un format familial.
