NICE

La socca niçoise : une farinata ligure cuite au feu de bois

Par l’équipe AEC Collection Publié le 25 mai 2025 · mis à jour le 28 mai 2026 3 min de lecture

La socca n’est pas une crêpe niçoise. C’est une galette de farine de pois chiches cuite à très haute température, lointaine cousine de la farinata ligure, dont elle reprend la composition à l’identique. Comprendre cette filiation, c’est comprendre pourquoi le bon socca ne se cuisine pas chez soi.

Une recette ligure acclimatée

L’ancêtre direct est la farinata, attestée en Ligurie depuis le Moyen Âge, elle-même héritière probable de traditions sarrasines transmises via la Sicile. La recette se propage le long de la côte méditerranéenne et s’installe à Nice au XVIIIe siècle, où elle devient un fond commun des marchés et des rues du Vieux-Nice. Le nom change, la recette reste, c’est le même geste, le même four, la même galette.

Quatre ingrédients, pas un de plus

La composition est d’une simplicité radicale : farine de pois chiches, eau, huile d’olive fruitée, sel et poivre. Pas de levure, pas d’œuf, pas de lait. Les proportions classiques tournent autour de 250 g de farine pour 50 cl d’eau et trois cuillères à soupe d’huile, mais la précision absolue n’a pas grand sens : c’est la cuisson qui fait tout.

Sous-produit notable de cette composition : la socca est naturellement sans gluten et riche en protéines végétales. Détail qui n’intéressait personne au XIXe siècle et qui en intéresse beaucoup aujourd’hui.

Le four à bois en cuivre : le secret non transposable

La socca traditionnelle se cuit dans un grand four à bois, sur une large plaque en cuivre, à une température que les fours domestiques n’atteignent pas. Cette combustion haute température produit la double signature de la galette : un dessus boursouflé, brûlé par endroits, et un cœur encore moelleux, à la cuisson rapide (quelques minutes seulement).

C’est précisément ce contraste, moelleux dedans, presque carbonisé sur le dessus, qui rend la socca impossible à reproduire au four domestique. On obtient une galette correcte ; on n’obtient pas une socca.

Où la manger

Les marchés du Vieux-Nice et le cours Saleya regroupent l’offre la plus visible. Plusieurs établissements historiques de Nice et de la rive droite du Paillon en sont devenus des références, l’enseigne et l’adresse importent moins que la présence visible du four à bois et la queue locale, deux indicateurs fiables. La galette se mange chaude, découpée à la spatule, poivrée généreusement, debout ou sur un coin de comptoir, jamais réchauffée.

Le contexte plus large : cuisine niçoise du pois chiche

La socca n’est pas un cas isolé. La cuisine niçoise traditionnelle utilise abondamment le pois chiche, notamment dans les panisses (frites de farine de pois chiches, là encore d’origine ligure). C’est tout un pan d’héritage méditerranéen pré-industriel dont la socca est l’expression la plus visible.

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