Filitosa : 8000 ans d’histoire et les statues-menhirs de l’âge du bronze
Le site préhistorique de Filitosa, à Sollacaro dans la vallée du Taravo, est l’un des grands sites archéologiques de Méditerranée occidentale, et l’un des plus surprenants. Sur un éperon couvert de maquis, des statues-menhirs au visage gravé, certaines hautes de plus de deux mètres, jalonnent un parcours qui couvre près de 8000 ans d’occupation humaine. Une visite de Filitosa n’est pas une promenade culturelle ; c’est un face-à-face avec un mystère archéologique non résolu.
1946 : la découverte du fermier
Le site a été découvert en 1946, dans des circonstances très banales : Charles-Antoine Cesari, propriétaire du terrain, repère sous le maquis des pierres sculptées. Il prévient plus tard l’archéologue Roger Grosjean, et la fouille systématique commence dans les années 1950.
Ce que Grosjean exhume bouleverse la compréhension de la préhistoire corse : non seulement le site est occupé depuis le VIᵉ millénaire av. J.-C. (Néolithique ancien), mais il livre des statues-menhirs au visage humain gravé uniques en leur genre.
Les statues-menhirs : un peuple représenté
Le site abrite treize statues-menhirs du groupe corse, sculptées à l’âge du bronze. Elles présentent toutes des traits humains : visage de face, parfois deux yeux et un nez schématiques, certaines portent un baudrier ou une épée gravée à l’épaule.
Plusieurs hypothèses coexistent : portraits d’ancêtres divinisés, représentations de guerriers vaincus, idoles funéraires. Aucune interprétation ne fait consensus parmi les archéologues. Ce qui reste assuré, c’est que les statues ne sont pas anonymes, chacune a son propre visage, traité avec un soin technique remarquable pour l’époque.
Les Torréens, bâtisseurs de l’âge du bronze
À l’âge du bronze, les habitants du site édifient des monuments circulaires. Les archéologues, faute de nom historique, ont baptisé ces bâtisseurs les Torréens, du nom des torre (tours circulaires en pierre sèche) qu’ils ont construites. Les vestiges de trois monuments torréens sont encore visibles sur le site.
Particularité précieuse pour l’archéologie : des statues-menhirs ont été brisées puis réemployées dans les murs des monuments, à une date discutée. C’est ce qui a paradoxalement permis aux statues de traverser les millénaires, enfouies dans la maçonnerie, protégées de l’érosion, jusqu’à leur exhumation par Grosjean.
Propriano
Carnets de voyage AEC CollectionLe parcours de visite
Le site se visite en 1h à 1h30, sur un parcours fléché qui traverse l’oppidum, contourne les torre et fait le tour des principales statues. Un petit musée à l’entrée présente les outils néolithiques, les céramiques et les pièces les plus fragiles. Le vieil olivier (estimé entre 1000 et 1200 ans) qui se dresse à proximité du site est, à lui seul, un autre monument vivant.
Le terrain est en plein soleil sur la majeure partie du parcours, chapeau et eau sont indispensables en été. La fin d’après-midi offre la meilleure lumière pour observer les gravures, dont les détails se révèlent en lumière rasante.
Quand y aller
Le site est ouvert d’avril à début novembre. Mai-juin et septembre-octobre sont les meilleures fenêtres : maquis encore vert (ou de nouveau coloré à l’automne), température praticable, fréquentation modérée. Juillet-août reste fréquentable, mais préférer la première heure d’ouverture ou la dernière de la journée pour éviter la chaleur.
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