Les Thermes de Saint-Gervais Mont-Blanc, installés sur la commune voisine du Fayet (à 5km du centre du village), comptent parmi les rares thermes français à être devenus une référence européenne en dermatologie. La spécialisation tient à la composition exceptionnelle de l’eau, mais aussi à plus de 200 ans de pratique clinique documentée, à commencer par un médecin militaire des années 1820, le Dr Mattey, qui fut le premier à prouver scientifiquement l’effet de l’eau sur les maladies de peau.
1806 : la découverte du notaire Gontard
L’histoire commence très banalement. Au début du XIXᵉ siècle, Saint-Gervais est une commune rurale dont les bergers font paître leurs troupeaux dans un pré que l’on disait « toujours vert », grâce à une source chaude soufrée qui maintenait l’herbe à température même en hiver. En 1806, maître Gontard, notaire royal, fait analyser cette eau et en découvre la richesse en minéraux et oligo-éléments.
L’année suivante, en 1807, il fait construire un premier bâtiment, un étage flanqué de deux tours, et ouvre un modeste établissement de bains. C’est l’acte de naissance des Thermes de Saint-Gervais.
Une eau formée pendant 6500 ans
L’eau thermale de Saint-Gervais a une histoire géologique exceptionnelle. Elle jaillit à 39°C, mais elle est en réalité tombée sur les hauteurs du massif du Mont-Blanc il y a environ 6500 ans, sous forme de pluie ou de neige. Pendant tout ce temps, elle a percolé jusqu’à 3000 mètres de profondeur à travers les massifs cristallins et sédimentaires, traversant des roches gypseuses très chargées en calcium et sulfates, ainsi que du quartzite, du calcaire et de la dolomite.
Ce parcours millénaire explique sa signature minérale : sels minéraux et oligo-éléments en concentration élevée, sulfates, sodium, chlorures, potassium, lithium, manganèse, baryum. C’est cette composition très spécifique qui en fait l’eau de référence en dermatologie.
La nuit de la catastrophe : 11-12 juillet 1892
L’établissement est détruit dans la nuit du 11 au 12 juillet 1892, lorsque le glacier de Tête-Rousse, sur le massif du Mont-Blanc, libère brutalement la poche d’eau qu’il retenait. La coulée torrentielle dévale la vallée du Bonnant et emporte les Thermes, le village du Fayet, ainsi que près de 200 personnes. C’est l’une des plus grandes catastrophes glaciaires françaises du XIXᵉ siècle.
Reconstruits dans les années qui suivent, les Thermes retrouvent leur vocation médicale et continuent de se développer au XXᵉ siècle, sous l’impulsion notamment du Dr Lépinay, qui utilise dès les années 1950 l’eau de Saint-Gervais pour traiter les cicatrices des grands brûlés.
Aujourd’hui : trois orientations médicales
Les Thermes conservent trois orientations thérapeutiques reconnues par la Sécurité sociale : dermatologie (psoriasis, eczéma, brûlures, cicatrices), ORL et voies respiratoires (asthme, sinusites chroniques), et rhumatologie (arthroses). Les cures durent 21 jours et associent bains, douches, pulvérisations, applications de boue thermale et massages.
L’autre versant de l’établissement, Les Bains du Mont-Blanc, accueille une clientèle de bien-être sans visée médicale, dans le même bâtiment. C’est une distinction importante : l’eau est la même, mais le format diffère radicalement.
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